chapitre 11

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chapitre 11

Message  gregdenysse le Mar 16 Oct - 14:33

P.189 L'empire avait conservé certains usages de l'époque où il était païen. C'est ainsi que les statues impériales possédaient un caractère sacré, parce qu'elles représentaient l'«Oint du Seigneur». C'était un vestige christianisé de l'ancien culte impérial. Antioche, pour avoir brisé quelques statues, aurait été rasée jusqu'aux fondations si Bouche D'Or, aidé par les ascètes, ne l'avait pas sauvée. L'épouse, les enfants, les parents de l'empereur étaient vénérés, eux aussi, mais non dans leurs statues. Eudoxie, pour sa part, se sentit lésée. Elle exigea que l'on vénérât ses statues.
P.189 De même que les mortelles ordinaires se commandent le plus de robes possible lorsqu'il leur échoit une somme d'argent sur laquelle elles ne comptaient pas, Eudoxie, après avoir été déclarée déesse, se commanda des statues. Elles les commanda aux plus grands sculpteurs de l'époque, comme si elle avait commandé des robes chez les plus grands couturiers. Ceci est dans la nature des femmes, et Eudoxie était une femme. Et puisqu'elle n'était pas seulement femme, mais aussi déesse, Eudoxie ne commanda pas des robes mais des statues. Des statues, que tous les citoyens étaient obligés d'adorer et devant lesquelles ils devaient déposer des fleurs et des offrandes. Chaque ville devait posséder au moins une effigie de l'impératrice. Constantinople devait en avoir une aussi, plus haute et plus coûteuse que celle des autres villes. De là, vint la nouvelle querelle d'Eudoxie et de Bouche d'Or. P.190 La statue devait s'élever en face de la cathédrale de Bouche d'Or.
Bouche d'Or était un saint miséricordieux, indulgent. Il n'était pas d'accord en ce qui concernait le culte des statues impériales, mais il ne pouvait pas seul changer tout d'un coup. Il savait que les cultes païens seraient abolis dans l'avenir. Dans ses homélies, il préparait les fidèles à devenir des vrais chrétiens, les empereurs, s'ils étaient chrétiens, à ne plus exiger d'être adorés comme des dieux, et les chrétiens à ne plus adorer les statues impériales. P.191 Il fit un sermon dans lequel il dit tout ce qu'il pensait des statues, des personnes qui se commandaient des statues, des festivités païennes exigées par l'impératrice pour l'inauguration de son effigie et termina par une citation de la Bible, comparant Eudoxie à Salomé. Bouche d'Or dit au peuple qu'il savait qu'à la suite de ce discours Salomé (c'est-à-dire Eudoxie) demanderait la tête de Jean, pas la tête de Jean-Baptiste, mais celle de Jean Bouche d'Or. Quant à lui, il ne craignait pas la mort. Il était de son devoir de stigmatiser le péché. Ce qui se passait, à cause de cette statue, devant la porte de l'église, c'était un scandale, c'était infernal; c'était un amas de péchés qui insultaient le Ciel. P.192 Bouche d'Or n'eut pas tort. Le lendemain même, Eudoxie fit le nécessaire afin de faire décapiter Jean Bouche d'Or.
P.193 De même que les meilleurs connaisseurs du code pénal sont les plus grands transgresseurs du droit commun, le plus grand connaisseur des canons de l'Église de cette époque était Théophile qui enfreignait ces canons.
P.197 A la fin, l'empereur fut forcé d'ordonner que Bouche d'Or fût exilé. P.200 «Je ne veux pas quitter l'église. J'ai reçu cette église de Dieu même, mon Sauveur, pour prendre soin de mon troupeau. Je ne la déserterai pas.» L'empereur ne voulait pas tacher de sang ses mains le samedi de la Passion. L'empereur craignait Dieu, comme il craignait Eudoxie, sa belle épouse. Il ne voulait pas mécontenter Dieu et utiliser la force dans l'enceinte de l'église. Mais les deux évêques Antiochus et Acace, qui avaient condamné Bouche d'or à mort étaient moins chrétiens que l'empereur. Ils assurèrent Arcadius qu'ils étaient en étroite relation avec Dieu. Les deux évêques expliquèrent à l'empereur qu'ils fréquentaient journellement Dieu «pour des raisons de service». Ils conseillèrent à l'empereur d'employer la force: «Nous prenons la condamnation sur nos têtes.»
En ce cas Arcadius n'avait plus rien à perdre. P.201 Il ordonna le massacre dans l'enceinte de l'église et malgré tout il pourrait se présenter devant Jésus les mains propres, sans une tache de sang, car le péché et le sang ne souilleraient que les mains et les âmes des évêques. En conséquence il donna l'ordre d'arrêter le saint et d'arrêter ceux qui s'opposeraient à son arrestation.
La troupe et la police furent déclarées en état d'alerte comme à la guerre et armées de lances, de glaives et d'épées. L'armée partit prendre la cathédrale d'assaut.
En dehors des fidèles qui assistaient à l'office, se trouvaient encore dans la cathédrale Sainte-Sophie en ce samedi de Pâques où l'assaut de l'église avait été ordonné, quelques milliers de catéchumènes, de blanc vêtus qui attendaient pour être baptisés. Au moment où parurent les soldats, armés jusqu'aux dents, une partie des catéchumènes, hommes, femmes, enfants, étaient déjà dans l'eau du baptistère. Là où apparaissent les soldats, avec l'ordre d'employer la force, le sang coule, il y a des meurtres, des pillages, des cadavres piétinés. Maintenant de tels faits se passaient à l'intérieur même de l'église. Les soldats envahirent le baptistère. Les prêtres, vêtus de leurs habits sacerdotaux, furent jetés dans l'eau du baptistère et exterminés et «les eaux de la régénération des hommes, furent rougies de sang humain», écrivit Jean dans sa lette au pape Innocent.
P.202 En peu de temps l'église de Sainte-Sophie se vida d'hommes vivants. Les fidèles se cachèrent dans des caves. Certains ne se cachaient nulle part: ils voulaient que la messe suivit son cours et les catéchumènes voulaient recevoir le baptême, en dépit du massacre et de la terreur ordonnés par l'empereur.
Pendant que les soldats sortaient de l'église saint Bouche d'Or en le traînant, selon leur manière, comme un criminel, les catéchumènes se rassemblaient aux bains publics de la ville afin d'y recevoir le baptême. Certains de ceux qui se trouvaient en ce moment aux thermes portaient des blessures toutes fraîches, des coups d'épées, des coups de lances, des traces de coups de poing ou de coups de botte. Mais ils voulaient devenir chrétiens, ils tenaient à recevoir le baptême du Christ. Et ils chantaient tous des cantiques à la gloire du Seigneur au point que toute la ville en résonnait.
P.203 Les évêques se rendirent chez le préfet de la ville Anthemius et lui demandèrent de continuer l'action ordonnée par l'empereur, des ennemis étaient encore en vie et continuaient à se faire baptiser aux thermes. Le préfet hésita. En effet, Anthemius craignait Dieu. Le préfet n'était pas un évêque qui pouvait tout se permettre envers Dieu.
P.206 Dans ce temps-là, la cérémonie du baptême durait plusieurs jours, comportant des veillées, des jeûnes et tout un cérémonial compliqué.
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