chapitre 2

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Message  gregdenysse le Mar 16 Oct - 13:58

Chapitre 2
Bouche d'Or accompagné par Anthuse, sa mère, se présenta à la porte de l'église d'Antioche et reçut le baptême.
Sans aucun regret Bouche d'Or tourna le dos à Libanius et au monde païen. Il n'était pas le seul à procéder de la sorte. Tout le monde à Antioche faisait de même. Le paganisme était mort en même temps que Julien. Les temples furent détruits. Les statues des dieux et des déesses furent jetés en bas de leurs socles et brisées. Les livres des philosophes et des poètes païens furent brûlés: Platon, Aristote, Homère, brûlés!
La philosophie ancienne était, selon Bouche d'Or, «une courtisane sans beauté naturelle et qui se farde. Le Christianisme a rendu philosophes les rustres et les illettrés.»
P.21 Parallèlement à l'écroulement des vieilles croyances, des temples et des statues, s'écroulait aussi l'empire romain. L'Empire était extrêmement pourri à l'intérieur (comme toutes les vieilles choses) il était assiégé à l'extérieur par les barbares. Pendant que l'empire sombrait, comme un navire, le monde plus spécialement la jeunesse et les masses cherchaient le salut.
Les conversions au christianisme s'opéraient journellement par milliers, en masses compactes. La jeunesse et les masses ne regardent jamais en arrière. Et Bouche d'Or aussi, une fois devenu chrétien, ne regarda plus jamais en arrière.
P.22 Mais Libanius aimait Bouche d'Or et il eut de la peine en se voyant abandonné par son élève le plus aimé. Libanius, d'ailleurs, était capable de s'élever au-dessus de sa condition de païen et d'admirer certains côtés du christianisme.
«Un jour, écrit Bouche d'Or, mon maître fit publiquement l'éloge de ma mère en disant: "Ah! quelles femmes il y a chez les chrétiennes." Une autre fois comme on lui demandait qui lui succéderait comme directeur de son école de rhétorique, Libanius répondit: "Jean, si les chrétiens ne me l'avaient pas volé!".»
Libanius ne cessa jamais d'admirer et d'aimer Bouche d'Or, même lorsque celui-ci l'abandonna et passa dans le camp adverse. Comme il ne cessa d'admirer et d'aimer saint Basile le Grand, lorsque celui-ci l'abandonna à son tour pour les chrétiens. Il continua à être l'ami de saint Grégoire lorsque celui-ci devint chrétien.
Il félicita même saint Basile le Grand, lorsque celui-ci embrassa la nouvelle foi et devint ainsi «l'ami de Dieu».
«Tu n'étais qu'un jeune homme que déjà je te vénérais à cause de la gravité de tes moeurs, digne de la sagesse des vieillards, écrit Libanius à saint Basile. Maintenant que te sachant rentré dans ton pays je me disais: «Va-t-il se livrer au barreau? Préfère-t-il l'enseignement? Voilà qu'on m'annonce que tu as pris une route meilleure et que tu cherches plutôt à devenir l'ami de Dieu qu'à gagner de l'argent, je félicite les Cappadociens et toi, toi d'avoir pris un parti si beau; eux, d'avoir pour compatriote un si grand homme.
Libanius.»
P.23 La manière de procéder de Libanius est conforme à sa situation d'homme âgé. Un homme âgé s'élève plus facilement au-dessus des passions. Sa conduite est conforme au métier de philosophe.
Bouche d'Or lui répondit en des termes caustiques. Il appelait Libanius «mon maître, le plus superstitieux des hommes» pour le motif que Libanius n'avait pas embrassé, lui aussi, «la vraie philosophie». Libanius a dû comprendre cette intolérance de son ancien disciple.
A 20 ans un homme est intolérant et ignore les nuances et les ménagements, et Bouche d'Or, bien qu'il s'acheminât vers la sainteté, avait 20 ans. Il ne pouvait se comporter autrement.
Après Libanius, Bouche d'Or se choisit un autre maître.Il devint l'élève de celui que tous les Antiochiens nommaient leur père et qu'ils vénéraient comme un saint. Il s'appelait Mélèce et était évêque d'Antioche. Il était de Mélitène en Arménie. Au cours de sa vie d'évêque il avait connu trois exils. Non seulement les chrétiens, mais même les juifs et les païens le considéraient comme un saint et le vénéraient. Bouche d'Or: «La sainteté respirait sur son visage. Son visage était une prédication.»
P.24 Un autre saint, son contemporain, le poète Grégoire de Naziance écrit: «Homme sans art, de moeurs simples, plein de Dieu, portant dans son coeur le calme auguste de ses traits.»
Mélèce faisait partie de cette catégorie de gens qui semblent posséder la paix dans chaque pore de leur être et dont la seule présence calme la tempête la plus terrible. Bouche d'Or décrit ces hommes heureux qui possèdent «une âme pacifique» comme celle de Mélèce: «Un fer rouge plongé dans l'eau se refroidit moins vite qu'un coeur rascible au contact d'une âme pacifique».
Saint Basile le Grand nourrissait aussi une admiration sans borne pour Mélèce, le nouveau maître de Bouche d'Or.
Il lui écrivit: «Si ta piété savait quelle joie tu me procures en m'écrivant, tu ne manquerais, j'en suis sûr, aucune occasion de le faire. Ne sais-tu pas quelle récompense le Ciel réserve aux consolateurs des affligés? Or ici tout est en proie à la douleur et la seule diversion à nos maux, c'est ta pensée. Aussi quand je reçois une de tes lettres, je regarde d'abord si elle est longue et je l'aime d'autant plus qu'elle renferme plus de lignes. Je suis heureux tant que je la lis. Dès qu'elle est finie je rentre dans ma tristesse.»
Bouche d'Or se mit à l'école de l'évêque avec toute la passion de son âge.
P.25 Les philosophes existentialistes affirment que l'homme est la totalité de ses actes.
Bouche d'Or décrit le retour de Mélèce à Antioche: «Il fut reçu dans Antioche avec une joie extrême. Toute la ville alla au-devant de lui. Les uns baisaient ses mains, les autres ses pieds. Ceux que la foule empêchait d'approcher, s'estimaient heureux d'entendre sa voix ou de contempler son visage.»
P.26 Le saint évêque confia le fils d'Anthuse au professeur de théologie le plus savant d'Antioche: à Diodore. Diodore devait devenir plus tard évêque de Tarse. Il nous reste de lui quelques fragments de commentaires des Écritures. Diodore était un érudit qui interprétait les Écritures selon la tradition de l'école d'Antioche. C'est-à-dire historiquement et littéralement. Les théologiens Antiochiens n'étaient pas des mystiques. Ils se guidaient d'après la lettre de l'Évangile qu'ils lisaient comme elle était écrite. Pour Bouche d'Or, cette méthode théologique fut extrêmement utile. Bouche d'Or apprit de Diodore à lire avec patience chaque mot, chaque lettre, comme à la loupe. Sans rien omettre. Cette habitude de lire fit de Bouche d'Or un des meilleurs connaisseurs de la Bible. On voit, d'après les homélies qu'il prononça plus tard, qu'il connaissait les Écritures presque par coeur.
Il voulait devenir un saint, comme Paul. Son admiration pour Paul était sans limites. Il écrivait: «Le coeur de Paul est le coeur du Christ. Imitons-le, mes frères, comme il le faisait lui-même.»
Bouche d'Or trouve même des ressemblances physiques entre Paul et lui! Tous les deux étaient de petite taille. «Là Paul n'avait sur moi aucun avantage.»
P.27 Dans sa chambre il y avait une image de Paul. Même s'il ne réussissait pas à réaliser sur terre tout ce que Paul avait réalisé, Bouche d'Or savait qu'ils pouvaient être égaux, car ce ne sont pas les réalisations, mais les efforts fournis qui comptent. Il devait donc faire les mêmes efforts que Paul.
«Chacun sera payé selon la peine qu'il se sera donné dit Bouche d'Or en citant Paul, 1Co.3:8, c'est-à-dire non en suivant la grandeur des actes qu'il aura accomplis mais en suivant la grandeur des épreuves qu'il aura supportées. Voilà pourquoi quand Paul se glorifie, ce n'est pas tant de ses actions que de ses souffrances. Loin de se sentir inférieur aux autres ministres des Évangiles, il croit pouvoir dire qu'il les a surpassés. Ils sont ministres du Christ, dit-il (évidemment je regrette de ne pas être modeste), mais je suis plus qu'eux. Et pour le prouver il ne compare pas ses prédications à leurs prédications, ses bonnes oeuvres à leurs bonnes oeuvres, mais énumère ses souffrances.»
Ainsi Bouche d'Or est décidé à égaler Paul. Du moment que la sainteté d'un homme ne se mesure pas à l'intensité mais au nombre des souffrances endurées, il obtiendra, avec la grâce, de devenir un saint. Jean est décidé à tout sacrifier, et avec tout son enthousiasme il se jette dans le combat.
Dès lors, Bouche d'Or ne vécut que pour réaliser son idéal. Il étudia jour et nuit. Il approfondit l'enseignement de Jésus et chercha à l'appliquer, à la lettre, à sa vie. Il réduisit son sommeil, il réduisit sa nourriture. Il brisa tous les liens avec le monde. Il savait toutefois que ces exercices n'étaient qu'un commencement. Il avait conscience de l'insignifiance des réalisations. Mais il avait aussi de la patience. Le monde d'Antioche commençait à l'acclamer.
P.28 Tout Antioche parlait de Bouche d'Or, de ce jeune homme qui surpassait en vertu tous ses camarades. Bouche d'Or essaya de se défendre contre la gloire, sachant que tout ce qu'il venait de réaliser jusqu'à cette date n'était que le fruit de la grâce. Il clama avec force qu'il ne méritait aucune attention. «Hier encore j'étais un enfant qui était emporté dans le tourbillon des sollicitudes profanes.»
Il dit ne mériter aucune éloge «pour avoir un moment froncé le sourcil, m'être drapé d'un manteau noir et couvert le front d'un masque menteur de modestie.»
Bouche d'Or voulait devenir réellement un saint. Il savait que la route était longue. Ceux qui faisaient son éloge, le croyaient déjà arrivé au but, se trompaient.
La vie vous offre toujours autre chose que ce que vous désirez. Antioche offrait à Bouche d'Or, la gloire. Il était, après Mélèce, le plus célèbre des serviteurs de l'Église. Il était célèbre en tant qu'orateur. Célèbre par sa vertu.
Diodore: «Quand je considère la douceur de ses paroles, j'appelle sa voix une lyre, mais la force de ses pensées me la fait appeler une trompette guerrière, telle que celle dont se servirent les Juifs pour renverser les murs de Jéricho.»
En vérité, lorsque Bouche d'Or parlait, l'auditoire pleurait, applaudissait, gesticulait d'émotion, de plaisir.
P.29 La gloire fait toujours plaisir. Elle est comme le champagne. Elle grise. Mais Bouche d'Or ne voulait pas la gloire. Il voulait la sainteté. Il ne voulait que cela, une sainteté authentique comme celle de Paul. Il refusa les éloges de son maître Diodore avec l'élégance et la courtoisie orientales: «La couronne de louanges qu'on m'avait tressée était trop grande pour ma tête... mon maître Diodore place sur ma tête la couronne qui convient à la sienne et qu'il n'aspire plus à la reprendre, permettez-moi de l'enlever à un front indigne de la porter, et d'en armer de nouveau celui qui la mérite.»
Après ces paroles, Bouche d'Or relut mot à mot les éloges que Diodore lui avait adressés, les rendant au maître tel qu'il les avait reçus. C'est une courtoisie quelque peu théâtrale. Cependant le public en fut enthousiasmé!
Bouche d'Or était devenu l'idole des auditeurs. Et parce qu'en Antioche sa gloire augmentait de plus en plus, et qu'elle était un obstacle sur son chemin vers la sainteté, il décida de quitter sa ville natale.
P.30 Le plan de Bouche d'Or de devenir un saint n'était pas nouveau. Il n'était pas le seul jeune homme d'Antioche à vouloir cela. Dans ce temps-là à Antioche, c'était un fait divers que d'entendre dire le matin qu'un commerçant, un magistrat, un officier, ou une dame de la haute société avait tout quitté au cours de la nuit, et était parti dans l'inconnu, dans le creux des montagnes ou dans le désert de sable, afin de devenir un saint, ou une sainte. Le monde était habitué à de semblables départs.
P.31 Cette fuite et ce départ vers l'inconnu c'était le plus court chemin qui menât à la sainteté. Du moins c'est ce que pensaient les hommes de ce temps-là. Basile le Grand, le saint qui avait le génie d'organisation d'un gouverneur romain déclare, lui aussi, que la fuite hors du monde est l'unique chemin qui mène à Dieu: «Je lus donc l'Évangile et je remarquai qu'il n'y avait pas d'autre moyen plus propre d'arriver à la perfection que de vendre son bien, d'en faire part à ceux de nos frères qui sont pauvres, de se dégager de tous les soins de cette vie, de telle sorte que l'âme ne se lassât pas troubler par aucune attache aux choses présentes.»
Bouche d'Or avait projeté d'oublier le passé, les affections, les intérêts, les plaisirs; de faire le vide autour de lui, de garder l'esprit libre comme une plaque de cire sur laquelle tout aurait été effacé. Après la séparation du monde et après le départ dans le désert, on pouvait réaliser des choses extraordinaires.
En premier lieu on pouvait dépasser les conditions humaines. Au 4ème siècle on racontait des choses sensationnelles sur les performances des solitaires. La jeunesse surtout ne pouvait résister à cette tentation de dépasser la condition humaine, de devenir saint, d'accomplir des miracles. Bouche d'Or a écrit sur les ascètes et sur leur vie avec une brûlante admiration: «Dans le désert d'Égypte on voit des choeurs d'anges à forme humaine, des peuples de martyrs, des communautés de vierges; le ciel avec le choeur varié des astres brille moins que le désert d'Égypte où foissonnent les cellules monastiques.»
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