chapitre 1 suite

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Message  gregdenysse le Mar 16 Oct - 13:38

P.12 Anthuse demanda à l'évêque d'Antioche s'il était séant qu'une chrétienne envoyât son enfant étudier chez un philosophe païen et un ennemi du christianisme. Sans doute l'évêque donna à Anthuse le conseil d'envoyer Jean chez Libanius. Les évêques de ce temps-là envoyaient les futurs prédicateurs chez Libanius apprendre l'art de parler. Bouche d'Or fut donc l'élève de Libanius et en peu de temps il en fut le meilleur. Il existe une lettre de Libanius adressée à Jean:
«J'ai reçu votre élégant et magnifique discours. J'en ai donné lecture à des hommes versés dans l'éloquence et d'une habilité remarquable à composer des oeuvres oratoires. Il n'en est pas un seul qui n'ait manifesté son enthousiasme par des trépignements, des cris, et par tous les mouvements spontanés qui trahissent les transports et l'admiration.»
P.13 Jean devint avocat et s'inscrivit au barreau d'Antioche, il devint rapidement célèbre. La vie de Bouche d'Or, avocat à Antioche la belle, n'avait rien d'un saint.
Bouche d'Or devint un des meilleurs amis de Libanius. Il était à ce point apprécié en tant qu'orateur que Libanius avait formé le projet de le désigner comme son successeur, à la direction de l'école de rhétorique d'Antioche. Il advint alors quelque chose qui détermina Bouche d'Or à devenir saint au lieu de devenir le successeur de Libanius.
Ce fut un événement crucial dans sa vie. Au mois de juin 362 mourut à Antioche le maître de l'univers terrestre, l'empereur de Rome Julien l'apostat. L'empereur Julien était accompagné de l'historien Ammien Marcellin et d'un groupe de philosophes. L'état-major de cet empereur était composé de préférence de
philosophes et non de généraux. La première visite de Julien à Antioche fut pour Libanius qui avait été son professeur.
P.14 L'empereur Julien n'appréciait rien tant que la compagnie des philosophes. Même à l'heure de sa mort, à 31 ans, il chassa de sa tente courtisans et militaires et resta seul avec les philosophes. Il savait qu'il avait encore quelques minutes à s'attarder sur cette terre. Julien les passa à discuter philosophie.
Au moment où il parut à Antioche, vêtu non de la pourpre des empereurs romains mais d'une toge usée comme celle de Libanius, les cheveux et la barbe non soignés, comme Libanius, il provoqua une sincère admiration. L'empereur allait à pied, fréquentait des hommes simples qui étaient des philosophes. Fatalement Bouche d'Or, en sa qualité de premier élève de Libanius, devint à cette date un des plus proches amis de Julien.
Julien était un véritable philosophe. Ammien Marcellin écrit: «Ses yeux étaient beaux et le feu dont ils brillaient décelaient un esprit qui se sent à l'étroit.»
P.15 Julien mangeait peu, comme un ascète, dormait peu, méprisait le faste et le luxe et méprisait toutes les gloires terrestres. Julien vivait dans la chasteté comme les ermites et le désir de sa vie était de faire le plus de bien possible. Et pourtant Julien est un des empereurs les plus dénigrés de toute l'histoire universelle.
Ennemi sincère du christianisme, il voulait la destruction de la religion chrétienne et la restauration du culte païen des dieux. C'était le grand rêve de sa vie. Julien avait de très sérieux motifs pour haïr le christianisme avec une telle passion. C'étaient des motifs humains. Mais même un grand philosophe comme l'empereur Julien n'est qu'un homme et il a des passions humaines. Lorsque Julien était enfant, l'empereur Constance massacra toute sa famille et il exila Julien dans un couvent. Il le fit baptiser. Puis il le confia à la garde des évêques, des prêtres et des diacres afin de l'élever dans la religion chrétienne. Ensuite, par ordre de l'empereur Constance, Julien devint chantre, chantre chrétien. Pour Julien, le couvent était un lieu de bannissement. Celui qui l'y gardait enfermé et qui avait ordonné qu'il étudiât les Écritures était l'assassin de ses parents. Les prêtres, les évêques et les diacres étaient les geôliers.
Un historien français du siècle dernier, M. Villemain, écrit: «Un jeune prince, plein d'imagination et d'enthousiasme souffre dans l'exil la tyrannie ombrageuse de Constance, qui a fait périr toute sa famille. Constance était chrétien. C'est assez pour que Julien soit polythéiste. Constance a détruit l'ancien culte de l'Empire. C'est assez pour que Julien veuille le rétablir.»

P.16 Antioche où Julien venait d'arriver était en majeure partie chrétienne. Cela n'empêcha pas les Antiochiens d'être enthousiasmés par les manières de l'empereur philosophe. Mais après un certain temps l'originalité de l'empereur lassa les Antiochiens qui étaient des gens raffinés. Ils se lassèrent de ses manières sobres, de l'absence de cérémonies, du refus de toutes les invitations. Et les Antiochiens commencèrent à détester Julien. Puis ils commencèrent à se moquer de l'empereur, et à écrire des épigrammes sur les murs. Il était devenu la risée de la ville. Et l'amusement était d'autant plus grand que Julien n'ordonnait pas à la police d'arrêter ceux qui le raillaient.
Même les païens d'Antioche raillaient le zèle de Julien à vouloir ressusciter l'ancien culte des dieux. Un jour où Julien se rendait au temple d'Apollon aux abords d'Antioche afin d'accomplir un sacrifice, il ne trouva qu'un seul sacrificateur et une seule brebis. L'empereur ne se fâcha point. Il ramassa du bois, alluma le feu et sacrifia seul à Apollon. Son excès de zèle en matière de sacrifices fit que les Antiochiens le surnommèrent «l'égorgeur».
Jean rapporte: «On eût dit qu'il ne régnait que pour exterminer les troupeaux de l'univers et il égorgeait tant de brebis et de boeufs sur les autels, que beaucoup de paysans le traitaient de cuisinier et de boucher.»
P.17 Pendant que Julien se trouvait à Antioche, le temple d'Apollon fut incendié. L'immense statue d'Apollon au corps de bois recouvert d'or, aux bras et aux jambes d'ivoire, aux yeux d'améthyste, à la couronne d'or massif merveilleusement ciselé, fondit et fut détruite par le feu.
Au début l'empereur s'abstint de répondre aux attaques. Il s'abstint d'utiliser la force contre ceux qui l'insultaient. Pour un empereur, ordonner à la police et à l'armée de prendre des mesures de représailles, c'est la chose la plus facile. Tous les empereurs agissent ainsi. Mais Julien ne tira pas l'épée. il ne jeta pas ses ennemis en prison. Du moins au début. Il leur répondit par la plume.
Ses ennemis ne pardonnèrent pas à Julien de ne pas avoir employé la violence. Ils ne lui pardonnèrent rien. Même le fait de ne pas tuer ses ennemis dut considéré comme un défaut. «Il n'utilisait pas la violence contre les chrétiens parce qu'il ne voulait pas grandir l'Église par le martyre. Si j'entre dans la voie de la violence, pensait-il, les chrétiens vont voler à la mort comme les abeilles à la ruche.» dit Bouche d'Or.
Libanius publia un livre dans lequel il accusait les chrétiens d'avoir incendié le temple d'Apollon.
Libanius fut un des très rares hommes du monde païen qui eut le courage de dire ce qu'il pensait. Les autres soutenaient l'empereur, mais avec beaucoup de réserves. Les hommes ordinaires ont le courage de s'engager, mais seulement après avoir acquis la conviction qu'ils s'engagent aux côtés de celui qui vaincra. Nous ne connaissons pas l'attitude de Bouche d'Or. Il n'avait pas encore 20 ans. C'est l'âge où les jeunes gens sont aussi sensibles que les plaques photographiques. P.18 Il est impossible que Bouche d'Or n'ait pas subi l'influence de Libanius, même partiellement, et qu'il n'ait pas eu un peu l'admiration de son maître pour l'empereur philosophe qui allait, vêtu d'une toge, au lieu de porter le manteau de pourpre de ceux qui gouvernent l'univers.
De tous les contemporains, c'est Bouche d'Or qui écrivit les paroles les plus cruelles contre Julien, avec une aversion passionnée, telle qu'on peut l'éprouver pour quelqu'un que l'on a aimé et qu'on admire peut-être en secret, au plus profond du coeur, sans même s'en rendre compte.
Le 26 juin 363, l'empereur Julien mourut héroïquement à la tête de ses troupes dans un combat contre les Perses. A son heure dernière, il prononça des paroles pleines de sagesse. «Le moment est venu, mes amis. La nature exige le tribut, un peu tôt peut-être, mais, en loyal débiteur, je m'empresse de m'acquitter et sans éprouver, comme on pourrait le croire, ni abattement ni regret. La philosophie m'a appris à reconnaître la supériorité de l'âme sur le corps, et, changeant ma condition pour une meilleure, j'ai lieu de me réjouir plutôt que de m'affliger.»
La mort de Julien eut une importance cruciale pour la vie de Bouche d'Or. Julien fut le dernier empereur qui ait essayé de rétablir l'ancien culte des dieux. Sa mort, en pleine jeunesse, fut annoncée par les chrétiens comme une punition céleste infligée à ceux qui luttaient contre la véritable philosophie, c'est-à-dire le Christianisme. La foule des païens en fut épouvantée. Ils vinrent aux portes des églises chrétiennes et demandèrent à y être reçus.
L'école de Libanius commença à se vider. Libanius lui-même vit que tout était perdu. Il voulut se suicider. P.19 Il ne pouvait concevoir les villes et les villages sans les statues des dieux des sources, sans les statues en marbre blanc des dieux des forêts, sans temples. Le vieux philosophe resta seul. Ses disciples se trouvaient maintenant dans les églises chrétiennes. Il fut presque seul à l'enterrement de Julien dont il fit le panégyrique.
L'empereur Julien avait été un de ses derniers élèves fidèles. tous les autres l'avaient abandonné. Parmi ceux-ci se trouvait aussi Bouche d'Or. Jean chercha sa voie ailleurs. Instinctivement la jeunesse n'embrasse jamais les causes perdues. La jeunesse, ainsi que les masses, possède un formidable instinct de conservation et s'engage toujours aux côtés du plus fort. La résurrection des dieux de la Grèce
antique avait échoué. Le paganisme était mort avec Julien.
En 367, 4 ans après la mort de Julien, Bouche d'Or devint lecteur à l'église d'Antioche. A partir de cette date il commence l'entraînement afin de devenir un athlète du Christ, pour devenir un champion parmi les athlètes, et enfin un saint.
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