Le caviar et le pendu

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Le caviar et le pendu

Message  gregdenysse le Mar 9 Oct - 15:48

Une page magnifique de Virgil Gheorghiu où la soi-disant culture des hommes civilisés ne met que plus en valeur leur inhumanité. Qu'une telle page permette à Virgil Gheorghiu de nous faire découvrir l'horreur de l'occident et du soviétisme, c'est ce que nous allons découvrir.

Le poète écrit cette oeuvre en 1957 alors que l'intrigue se déroule en 1956. Cette histoire se situe donc dans un contexte immédiat qui lui parle autant qu'à son lecteur contemporain. Il s'agit pour lui de montrer à la fois les horreurs qui ont lieux de l'autre côté du rideau de fer. Mai aussi de rerésenter l'homme occidental dans ce décor. Le moins que l'on puisse dire c'est que ni les soviétiques ni les occidentaux ne se soucient du bien être des citoyens Bulgares. Pour en rendre compte avec virulence Virgil Gheorghiu surprend son lecteur! A aucun moment il ne lui laisse la possibilité de demeurer indifférent.
Ce n'est pas Virgil qui s'exprime en son nom mais il donne la parole à l'un de ses personnages, le consul. L'étranger qui devrait donc connaître le mieux ce pays. Or, ce pays n'est évoqué que très brièvement et le peuple manifestement n'intéresse en aucun cas le consul " La région est belle". De plus cette assertion est immédiatement amoindrie: "mais celui qui séjourne ici est obligé de voir de ses yeux les pires horreurs". Et après avoir déballé tout cela... il n'affiche toujours aucun souci de ce que peut ressentir le peuple, seuls ses sentiments l'intéressent "C'est fort désagréable, terriblement désagréable."

Et là, il donne un exemple des dérangements que représentent pour lui la vie dans ce pays. C'est dès à présent que l'ironie commence à se faire des plus mordantes. Dans un premier temps, la présentation ne laisse rien présager "ce matin, par exemple, je suis parti chercher le caviar pour la cérémonie."
Jusque là rien de dramatique, nous avons l'imrpession d'entendre une histoire des plus banales! Mais la suite se corse un peu: "En chemin à cinq kilomètres de Varna, en plein centre d'un village, j'ai été obligé de passer avec l'auto sous un cadavre pendu entre deux arbres comme un lampion, au-dessus de la route." L'horreur comence avec l'évocation de la voiture et du pendu. Il y a un rapprochement physique, rapprochement de ce consul dans son automobile et de l'homme pendu. Or le consul à aucun moment ne considère cet homme pendu comme un homme. D'ailleurs, ce n'est qu'une décoration un "lampion"! Ce n'est qu'un désagrément sur sa route. Il n'y a aucune pitié, aucun sentiment, il s'agit tout simplement de quelque chose de "fort désagréable", d'un des inconvénients de cette belle région!
Et on ne peut que déplorer son attitude, le considérer avec dégoût lorqu'il poursuit son récit "J'ai du passer avec ma voiture par dessous. J'aurais voulu faire demi-tour, mais j'avais commandé le caviar la veille, et je ne pouvais l'amener qu'avec la voiture consulaire". Que représente le caviar? C'est un produit de luxe, destiné à la consommation d'une élite, un produit d'un grand raffinement. Cette idée de luxe et de raffinement se retrouve aussi dans la mention de la voiture consulaire. Or toute cette culture, cette civilisation et cette recherche de plaisirs raffinés s'opposent à l'évocation du pendu. Ce pendu qui symbolise bien évidemment la barbarie, et celle plus exactement des bourreaux directs, ici des soviétiques. Or face à cette barbarie qui tue l'homme s'oppose avec encore plus de violence la barbarie de la culture européenne qui ne s'attaque pas à l'homme. Elle est pire parce que'elle refuse à l'homme son humanité. L'homme occidental est celui qui ne sait plus voir l'homme, qui ne se fixe comme recherche que celle des plaisirs. La culture européenne se définit désormais comme un recherche constante de la culture et l'ostentation. Or c'est une culture qui a pour centre le plaisir et non l'homme.
Ce raffinement jure avec l'attitude du consul "Il a donc fallu que je passe sous le cadavre pendu au-dessus de la route. il a sûrement effleuré le toit de la voiture avec ses pieds." Les précisions ne sont donc que matérielles, le consul n'évoque que les dommages de son bien. Qui est le pendu? Pourquoi est-il pendu? Le consul n'apporte aucune réponse: c'est secondaire et ce n'est pas ce qui imoprte dans son récit. Le sort de cet homme ne le concerne pas. D'ailleurs l'homme en général ne le concerne pas. Il agit alors exactement de la même façon que quand il avait "omis" de présenter ce peuple dont il est le consul. L'home ne l'intéresse, pas plus que son sort, mais le coeur de sa démonstration c'est le fait divers désagréable qui lui est survenu!
Et ce fait est réprésentatif de son mandat. On ressent alors la force de l'habitude et en même temps la généralité de ce sentiment. En s'exprimant ainsi le consul ne pense pas choquer les hommes occidentaux auxquels il s'adresse! et c'est là que se situe le plus stupéfiant: ce processus de généralisation, d'insensibilité qui nous touche tous.

"Mais ce n'est pas tout. Le consul à Varna est condamné à entendre aussi les horreurs. Les oreilles comme les yeux sont maltraités par les horreurs d'ici." Le récit continue ainsi sur le même ton, si l'histoire du malheureux homme pendu nous est livrée c'estde manière indirecte et involontaire. En fait le consul contuinue à raconter l'ampleur de ses malheurs et le sort de l'infortuné n'est jamais au centre direct de son attention.
De cette horreur on arrive par glissement à l'horreur, cette fois-ci perpétrée par la milice. "Pendant la nuit les miliciens lui ont tranché le nez. puis, ils lui ont coupé la langue et les oreilles. ils l'ont écorché vif, en lui enlevant la peau par lambeaux, avec leur baïonnettes. Tout le village y assistait. Lorsque le malheureux fut mort la mutilation continua."
Le lecteur se retrouve dans la même situation passive que les villageaois, nous sommes spectateurs et nous ne pouvons intervenir. Ceux qui peuvent le faire soit sont en train de torturer parce qu'ils sont membres der la milice, soit le problème ne les concerne pas et ils ne souhaitent donc pas agir.


Après avoir présenté une telle scène de déshumanisation le consul poursuit sa descente aux enfers de l'inhumanité. "On la laissera pendu là-haut, jusqu'à putréfaction complète, et le vent l'emportera lambeau par lambeau. C'est la coutume. Nul n'a le droit de décrocher un cadavre pendu par les autorités. La pendaison de Mussolini, la tête en bas n'est rien à côté de cela. Comparé aus Bulgares les Italiens sont humains... Les Bulgares laissent les cadavres pendus, jusqu'àà ce que les os eux-mêmes pourrissent, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un boutde corde. Seul le vent et les intempéries ont le droit d'arracher à sa corde un cadavre pendu par les autorités..."

Le statut de l'homme est encore et toujours nié, le vent et les intempéries ont plusde droit que les hommes. en fait cette page qui offrait la description de l'aventure du consul et de sa tâche dans ce pays s'achève en ayant brossé en réalité le tableau de la déshumanisation. Une déshumanisation qui amène le consul à ne pus distinguer l'humain, qui amène la milice à torturer l'humain. l'humanité est tellement niée que les autres éléments ont davantage de droits qu'elle-même.

Le point final est asséné avec violence "Mais par ces chaleurs il vaut mieux ne pas transporter le caviar sans son emballage de glace. Le caviar est très bon, mais il est délicat. C'est surtout son transport qui est délicat." l'homme n'a plus le droit à son emballage c'est-à-dire sa peau pour le protéger. L'homme finalement est moinsprécieux que le caviar et surtout ce pendu avait le tord majeur de ne pas être raffiné, "mais il est délicat"!
avatar
gregdenysse
Admin

Féminin Nombre de messages : 78
Age : 33
Job/hobbies : Lecture
Date d'inscription : 05/10/2007

Voir le profil de l'utilisateur http://virgilgheorghiu.forumotion.com

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum